zurück
Kurzgeschichte Roman: Victor Hugo


  Zum Tode verurteilt - Condamné à mort!

114MB
113MB

1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | 32 | 33 | 34 | 35 | 36 | 37 | 38 | 39 | 40 | 41 | 42 | 43 | 44 | 45 | 46 | 47 | 48 | 49
 

XIII

J'ai vu, ces jours passés, une chose hideuse. Il était à peine jour, et la prison était pleine de bruit. On entendait ouvrir et fermer les lourdes portes, grincer les verrous et les cadenas de fer, carillonner les trousseaux de clefs entrechoqués à la ceinture des geôliers, trembler les escaliers du haut en bas sous des pas précipités, et des voix s'appeler et se répondre des deux bouts des longs corridors. Mes voisins de cachot, les forçats en punition, étaient plus gais qu'à l'ordinaire.
Tout Bicêtre semblait rire, chanter, courir, danser. Moi, seul muet dans ce vacarme, seul immobile dans ce tumulte, étonné et attentif, j'écoutais. Un geôlier passa. Je me hasardai à l'appeler et à lui demander si c'était fête dans la prison. -Fête si l'on veut! me répondit-il. C'est aujourd'hui qu'on ferre les forçats qui doivent partir demain pour Toulon.
Voulez-vous voir, cela vous amusera. C'était en effet, pour un reclus solitaire, une bonne fortune qu'un spectacle, si odieux qu'il fût. J'acceptai l'amusement. Le guichetier prit les précautions d'usage pour s'assurer de moi, puis me conduisit dans une petite cellule vide, et absolument démeublée, qui avait une fenêtre grillée, mais une véritable fenêtre à hauteur d'appui, et à travers laquelle on apercevait réellement le ciel. -
Tenez, me dit-il, d'ici vous verrez et vous entendrez. Vous serez seul dans votre loge, comme le roi. Puis il sortit et referma sur moi serrures, cadenas et verrous. La fenêtre donnait sur une cour carrée assez vaste, et autour de laquelle s'élevait des quatre côtés, comme une muraille, un grand bâtiment de pierre de taille à six étages.
Rien de plus dégradé, de plus nu, de plus misérable à l'oeil que cette quadruple façade percée d'une multitude de fenêtres grillées auxquelles se tenaient collés, du bas en haut, une foule de visages maigres et blêmes, pressés les uns audessus des autres, comme les pierres d'un mur, et tous pour ainsi dire encadrés dans les entre-croisements des barreaux de fer.
C'étaient les prisonniers, spectateurs de la cérémonie en attendant leur jour d'être
acteurs. On eût dit des âmes en peine aux soupiraux du purgatoire qui donnent sur l'enfer.
Tous regardaient en silence la cour vide encore. Ils attendaient. Parmi ces figures éteintes et mornes, çà et là brillaient quelques yeux perçants et vifs comme des points de feu.
Le carré de prisons qui enveloppe la cour ne se referme pas sur luimême. Un des quatre pans de l'édifice (celui qui regarde le levant) est coupé vers son milieu, et ne se rattache au pan voisin que par une grille de fer. Cette grille s'ouvre sur une seconde cour, plus petite que la première, et, comme elle, bloquée de murs et de pignons noirâtres.
Tout autour de la cour principale, des bancs de pierre s'adossent à la muraille. Au milieu se dresse une tige de fer courbée, destinée à porter une lanterne.
Midi sonna. Une grande porte cochère, cachée sous un enfoncement, s'ouvrit brusquement. Une charrette, escortée d'espèces de soldats sales et honteux, en uniformes bleus, à épaulettes rouges et à bandoulières jaunes, entra lourdement dans la cour avec un bruit de ferraille. C'était la chiourme et les chaînes.
Au même instant, comme si ce bruit réveillait tout le bruit de la prison, les spectateurs des fenêtres, jusqu'alors silencieux et immobiles, éclatèrent en cris de joie, en chansons, en menaces, en imprécations mêlées d'éclats de rire poignants à entendre. On eût cru voir des masques de démons. Sur chaque visage parut une grimace, tous les poings sortirent des barreaux, toutes les voix hurlèrent, tous les yeux flamboyèrent, et je fus épouvanté de voir tant d'étincelles reparaître dans cette cendre.
Cependant les argousins, parmi lesquels on distinguait, à leurs vêtements propres et à leur effroi, quelques curieux venus de Paris, les argousins se mirent tranquillement à leur besogne. L'un d'eux monta sur la charrette, et jeta à ses camarades les chaînes, les colliers de voyage, et les liasses de pantalons de toile.
Alors ils se dépecèrent le travail ; les uns allèrent étendre dans un coin de la cour les longues chaînes qu'ils nommaient dans leur argot les ficelles ; les autres déployèrent sur le pavé les taffetas, les chemises et les pantalons ; tandis que les plus sagaces examinaient un à un, sous l'oeil de leur capitaine, petit vieillard trapu, les carcans de fer, qu'ils éprouvaient ensuite en les faisant étinceler sur le pavé.
Le tout aux acclamations railleuses des prisonniers, dont la voix n'était dominée que par les rires bruyants des forçats pour qui cela se préparait, et qu'on voyait relégués aux croisées de la vieille prison qui donne sur la petite cour.
Quand ces apprêts furent terminés, un monsieur brodé en argent, qu'on appelait monsieur l'inspecteur, donna un ordre au directeur de la prison ; et un moment après, voilà que deux ou trois portes basses vomirent presque en même temps, et comme par bouffées, dans la cour, des nuées d'hommes hideux, hurlants et déguenillés. C'étaient les forçats.
À leur entrée, redoublement de joie aux fenêtres. Quelques-uns d'entre eux, les grands noms du bagne, furent salués d'acclamations et d'applaudissements qu'ils recevaient avec une sorte de modestie fière. La plupart avaient des espèces de chapeaux tressés de leurs propres mains avec la paille du cachot, et toujours d'une forme étrange, afin que dans les villes où l'on passerait le chapeau fît remarquer la tête.
Ceux-là étaient plus applaudis encore. Un, surtout, excita des transports d'enthousiasme ; un jeune homme de dix-sept ans, qui avait un visage de jeune fille. Il sortait du cachot, où il était au secret depuis huit jours ; de sa botte de paille il s'était fait un vêtement qui l'enveloppait de la tête aux pieds, et il entra dans la cour en faisant la roue sur lui-même avec l'agilité d'un serpent.
C'était un baladin condamné pour vol. Il y eut une rage de battements de mains et de cris de joie. Les galériens y répondaient, et c'était une chose effrayante que cet échange de gaietés entre les forçats en titre et les forçats aspirants.
La société avait beau être là, représentée par les geôliers et les curieux épouvantés, le crime la narguait en face, et de ce châtiment horrible faisait une fête de famille.
À mesure qu'ils arrivaient, on les poussait, entre deux haies de gardeschiourme, dans la petite cour grillée, où la visite des médecins les attendait. C'est là que tous tentaient un dernier effort pour éviter le voyage, alléguant quelque excuse de santé, les yeux malades, la jambe boiteuse, la main mutilée. Mais presque toujours on les trouvait bons pour le bagne ; et alors chacun se résignait avec insouciance, oubliant en peu de minutes sa prétendue infirmité de toute la vie.
La grille de la petite cour se rouvrit. Un gardien fit l'appel par ordre alphabétique ; et alors ils sortirent un à un, et chaque forçat s'alla ranger debout dans un coin de la grande cour, près d'un compagnon donné par le hasard de sa lettre initiale. Ainsi chacun se voit réduit à lui-même ; chacun porte sa chaîne pour soi, côte à côte avec un inconnu ; et si par hasard un forçat a un ami, la chaîne l'en sépare. Dernière des misères!
Quand il y en eut à peu près une trentaine de sortis, on referma la grille. Un argousin les aligna avec son bâton, jeta devant chacun d'eux une chemise, une veste et un pantalon de grosse toile, puis fit un signe, et tous commencèrent à se déshabiller. Un incident inattendu vint, comme à point nommé, changer cette humiliation en torture.
Jusqu'alors le temps avait été assez beau, et, si la bise d'octobre refroidissait l'air, de temps en temps aussi elle ouvrait çà et là dans les brumes grises du ciel une crevasse par où tombait un rayon de soleil. Mais à peine les forçats se furent-ils dépouillés de leurs haillons de prison, au moment où ils s'offraient nus et debout à la visite soupçonneuse des gardiens, et aux regards curieux des étrangers qui tournaient autour d'eux pour examiner leurs épaules, le ciel devint noir, une froide averse d'automne éclata brusquement, et se déchargea à torrents dans la cour carrée, sur les têtes découvertes, sur les membres nus des galériens, sur leurs misérables sayons étalés sur le pavé.
En un clin d'oeil le préau se vida de tout ce qui n'était pas argousin ou galérien. Les curieux de Paris allèrent s'abriter sous les auvents des portes. Cependant la pluie tombait à flots. On ne voyait plus dans la cour que les forçats nus et ruisselants sur le pavé noyé.
Un silence morne avait succédé à leurs bruyantes bravades. Ils grelottaient, leurs dents claquaient ; leurs jambes maigries, leurs genoux noueux s'entrechoquaient ; et c'était pitié de les voir appliquer sur leurs membres bleus ces chemises trempées, ces vestes, ces pantalons dégouttant de pluie. La nudité eût été meilleure.
Un seul, un vieux, avait conservé quelque gaieté. Il s'écria, en s'essuyant avec sa chemise mouillée, que cela n'était pas dans le programme ; puis se prit à rire en montrant le poing au ciel.
Quand ils eurent revêtu les habits de route, on les mena par bandes de vingt ou trente à l'autre coin du préau, où les cordons allongés à terre les attendaient. Ces cordons sont de longues et fortes chaînes coupées transversalement de deux en deux pieds par d'autres chaînes plus courtes, à l'extrémité desquelles se rattache un carcan carré, qui s'ouvre au moyen d'une charnière pratiquée à l'un des angles et se ferme à l'angle opposé par un boulon de fer, rivé pour tout le voyage sur le cou du galérien. Quand ces cordons sont développés à terre, ils figurent assez bien la grande arête d'un poisson.
On fit asseoir les galériens dans la boue, sur les pavés inondés ; on leur essaya les colliers ; puis deux forgerons de la chiourme, armés d'enclumes portatives, les leur rivèrent à froid à grands coups de masses de fer. C'est un moment affreux, où les plus hardis pâlissent. Chaque coup de marteau, assené sur l'enclume appuyée à leur dos, fait rebondir le menton du patient ; le moindre mouvement d'avant en arrière lui ferait sauter le crâne comme une coquille de noix.
Après cette opération, ils devinrent sombres. On n'entendait plus que le grelottement des chaînes, et par intervalles un cri et le bruit sourd du bâton des gardes-chiourme sur les membres des récalcitrants. Il y en eut qui pleurèrent ; les vieux frissonnaient et se mordaient les lèvres. Je regardai avec terreur tous ces profils sinistres dans leurs cadres de fer.
Ainsi, après la visite des médecins, la visite des geôliers ; après la visite des geôliers, le ferrage.
Trois actes à ce spectacle.
Un rayon de soleil reparut. On eût dit qu'il mettait le feu à tous ces cerveaux. Les forçats se levèrent à la fois, comme par un mouvement convulsif. Les cinq cordons se rattachèrent par les mains, et tout à coup se formèrent en ronde immense autour de la branche de la lanterne.
Ils tournaient à fatiguer les yeux. Ils chantaient une chanson du bagne, une romance d'argot, sur un air tantôt plaintif, tantôt furieux et gai ; on entendait par intervalles des cris grêles, des éclats de rire déchirés et haletants se mêler aux mystérieuses paroles ; puis des acclamations furibondes ; et les chaînes qui s'entre-choquaient en cadence servaient d'orchestre à ce chant plus rauque que leur bruit. Si je cherchais une image du sabbat, je ne la voudrais ni meilleure ni pire.
On apporta dans le préau un large baquet. Les gardes-chiourme rompirent la danse des forçats à coups de bâton, et les conduisirent à ce baquet dans lequel on voyait nager je ne sais quelles herbes dans je ne sais quel liquide fumant et sale. Ils mangèrent.
Puis, ayant mangé, ils jetèrent sur le pavé ce qui restait de leur soupe et de leur pain bis, et se remirent à danser et à chanter. Il paraît qu'on leur laisse cette liberté le jour du ferrage et la nuit qui le suit.
J'observais ce spectacle étrange avec une curiosité si avide, si palpitante, si attentive, que je m'étais oublié moi-même. Un profond sentiment de pitié me remuait jusqu'aux entrailles, et leurs rires me faisaient pleurer.
Tout à coup, à travers la rêverie profonde où j'étais tombé, je vis la ronde hurlante s'arrêter et se taire. Puis tous les yeux se tournèrent vers la fenêtre que j'occupais. -Le condamné! le condamné! crièrentils tous en me montrant du doigt ; et les explosions de joie redoublèrent.
Je restai pétrifié. J'ignore d'où ils me connaissaient et comment ils m'avaient reconnu. -Bonjour! bonsoir! me crièrent-ils avec leur ricanement atroce. Un des plus jeunes, condamné aux galères perpétuelles, face luisante et plombée, me regarda d'un air d'envie en disant : -Il est heureux! il sera rogné! Adieu, camarade!
Je ne puis dire ce qui se passait en moi. J'étais leur camarade en effet. La Grève est soeur de Toulon. J'étais même placé plus bas qu'eux ; ils me faisaient honneur. Je frissonnai. Oui, leur camarade! Et quelques jours plus tard, j'aurais pu aussi, moi, être un spectacle pour eux.
J'étais demeuré à la fenêtre, immobile, perclus, paralysé. Mais quand je vis les cinq cordons s'avancer, se ruer vers moi avec des paroles d'une infernale cordialité ; quand j'entendis le tumultueux fracas de leurs chaînes, de leurs clameurs, de leurs pas, au pied du mur, il me sembla que cette nuée de démons escaladait ma misérable cellule ; je poussai un cri, je me jetai sur la porte d'une violence à la briser ; mais pas moyen de fuir.
Les verrous étaient tirés en dehors. Je heurtai, j'appelai avec rage. Puis il me sembla entendre de plus près encore les effrayantes voix des forçats. Je crus voir leurs têtes hideuses paraître déjà au bord de ma fenêtre, je poussai un second cri d'angoisse, et je tombai évanoui.
 

XIII

Ich habe vor einigen Tagen etwas Schreckliches gesehen. Der Tag war kaum angebrochen, da war das Gefängnis schon von Lärm erfüllt. Man hörte wie schwere Türen sich öffneten und schlossen, hörte Riegel knarren und die Eisenketten, die Schlüsselbunde klingeln, die am Gürtel der Gefängniswärter aufeinanderstießen, hörte wie die Treppen von oben nach unten unter den hastenden Schritten erzitterten, Stimmen die sich von beiden Enden der lange Korridore riefen und antworteten. Meine Kerkernachbarn, die Galeerensträflinge, waren fröhlicher als normalweise.
Ganz Bicêtre schien zu lachen, zu singen und zu tanzen. Ich, der einzig Stille in diesem ganzen Krach, der einzige Unbewegliche in diesem Tumult, erstaunt und aufmerksam, hörte zu.
Ein Gefängniswärter kam vorüber. Ich erdreistete mich ihn zu rufen und ihn zu fragen, ob es ein Fest im Gefängnis gäbe. „Wenn man so will, eine Feier“, antwortete er mir. Heute schmiedet man die Sträflinge zusammen, die morgen nach Toulon aufbrechen müssen.
Wollen Sie zuschauen, das wird sie amüsieren“. In der Tat, für einen einsamen Häftling, war dieses Spektakel ein Glück, so abstoßend es auch sein mag. Ich akzeptierte das Schauspiel. Der Gefängniswärter traf die üblichen Sicherheitsmaßnahmen um sich meiner zu versichern und brachte mich dann in eine kleine, leere , völlig unmöblierte Zelle, welche ein vergittertes, aber richtiges Fenster besaß, auf Schulterhöhe und durch das man tatsächlich den Himmel sehen konnte.
„Hier ist es“, sagte er, von hier aus werden sie alles sehen und alles hören. Sie werden in ihrer Loge alleine sein wie der König. Dann ging er hinaus und schloss hinter mir Schloss, Ketten und Riegel. Das Fenster blickte auf einen viereckigen, ziemlich großen Hof, der von allen vier Seiten, wie eine Wand, von einem großen, sechsstöckigen Gebäude aus Stein umfasst war.
Es gibt nichts Eintönigeres, Nackteres, für das Auge Erbärmlicheres als diese, von einer Menge vergitterter Fenster , in denen , von oben nach unten aneinander gequetscht wie die Steine der Mauer und eingerahmt, wenn man so sagen darf, in die Verstrebungen der Eisenstäbe, eine Menge magerer und blasser Gesichter hing, unterbrochenen vierfachen Fassade.
Das waren die Gefangenen, Zuschauer der Zeremonie, die darauf warteten, selbst eines Tages Akteure zu werden. Man könnte sagen büßende Seelen, nach der Läuterung lechzend, die in die Hölle führt.
Alle betrachteten den noch leeren Hof. Sie warteten. Unter den erlöschten und trübseligen Figuren, leuchteten hier und da einige durchdringende Augen, lebendig wie Flamenzungen.
Das Viereck, das das Gefängnis formt und den Hof umfasst ist nicht vollkommen abgeschlossen. Eine der vier Mauern des Gebäudes, das dem Osten zugeneigte, ist in der Mitte durchbrochen, und ist mit seinem Nachbarn nur über ein Eisengitter verbunden. Dieses Gitter führt in einen zweiten Hof, kleiner als der erste, und, wie dieser, von Mauern und schwarzen Giebeln verriegelt.
Über den ganzen Haupthof hinweg, lehnen sich Bänke aus Stein an die Mauern. In der Mitte befindet sich eine Eisenstange, dazu bestimmt, eine Laterne zu tragen.
Es schlug Mittag. Die Tür einer Einfahrt, die hinter einer Einbuchtung verborgen war, öffnete sich plötzlich. Ein Karren, eskortiert von einer Art schmutziger und erbärmlicher Soldaten, in blauen Uniformen, mit roten Epauletten und gelben Schulterriemen, betrat schwerfällig den Hof mit einem Krach, wie ihn Schrott hervorruft. Das waren die Galeerensträflinge und die Ketten.
Im gleichen Augenblick, ganz so als ob dieser Lärm den Lärm des Gefängnisses hätte erwachen lassen, begannen die Zuschauer an den Fenstern, die bislang schweigend und unbeweglich gewesen waren, in Freudenschreie auszubrechen, Lieder zu singen, Drohungen auszustoßen, Flüche gemischt mit Gelächter, das einem durch Mark und Bein ging. Man vermeinte die Masken der Dämonen zu sehen. Auf jedem Gesicht erschien eine Grimasse, alle Fäuste drangen durch die Gitter, alle Stimmen schrieen, alle Augen blitzten und ich war entsetzt, soviele Funken aus dieser Asche aufleuchten zu sehen.
Währenddessen machten sich die Polizisten, unter denen man, aufgrund ihrer sauberen Kleidung und ihrer Angst, auch einige Neugierige aus Paris ausmachen konnte, in aller Ruhe an die Arbeit. Einer von ihnen bestieg den Karren und warf seinen Kameraden die Kette zu, die Halskette für die Reise und die Hosenbündel aus Tuch. Sie teilten sich die Arbeit also auf.
Die einen begannen in einer Ecke des Hofes die langen Ketten auszubreiten, die sie in ihrer Sprache „Fäden“ nannten. Die anderen legten auf dem Boden die „Taffetas“ aus, die Hemden und die Hosen. Die erfahrensten untersuchten, einen nach dem anderen, unter den Augen ihres Kapitäns, eines alten kleinen und untersetzten Mannes, die Halseisen, die sie dann testeten, indem sie sie auf dem Pflaster funkeln ließen.
Das alles unter dem entzückten Beifall der Gefangenen, die nur von dem lärmenden Gelächter der Galeerensträflinge, für die man all das vorbereitete, überlagert wurde, und die man an das Gatter des alten Gefängnisses verbannt hatte, das in den kleinen Hof führte.
Als diese Vorbereitungen erledigt waren, gab ein Mann, dessen Kleidung mit Stickereien aus Silber verziert waren, dem Direktor des Gefängnisses eine Anweisung und nur einen Moment später spuckten zwei oder drei niedrige Türen gleichzeitig, ganz so als ob es Dampfwolken wären, Wolken von häßlichen, schreienden und verlumpten Männer in den Hof. Das waren die Galeerensklaven.
Bei ihrem Eintritt verdoppelte sich die Freude an den Fenstern.
Manche von ihnen, die im Gefängnis bekannten Namen, wurden mit Akklamationen und Beifall empfangen, die sie mit einer Art bescheidenem Stolz zur Kenntnis nahmen. Die meisten von Ihnen hatten eine Art Hut, jeder eigenartig geformt, damit man in den Städten, die sie durchfuhren aufgrund des Hutes den Kopf erkennen möge, geflochten mit ihren eigenen Händen aus dem Stroh des Kerkers.
Diese erhielten noch mehr Beifall. Einer vor allem rief Begeisterungsstürme hervor. Ein junger Mann von 17 Jahren, mit dem Gesicht eines jungen Mädchens. Er verließ den Kerker, wo er sich seit acht Tagen versteckt gehalten hatte. Aus seinem Büschel Stroh hatte er sich ein Kostüm gemacht, das ihn von Kopf bis Fuß bedeckte und er betrat den Hof indem er, mit der Wendigkeit einer Schlange, ein Rad schlug.
Es war ein Possenreißer, der wegen Diebstahl verurteilt worden war. Tosender Beifall setzte ein und Freudenschreie, auf die die Galeerensträflinge antworteten. Dieser Austausch an Fröhlichkeit zwischen den jetzigen Galeerenhäftlingen und den zukünftigen Galeerenhäftlingen war schrecklich.
Die Anwesenheit der Gesellschaft, repräsentiert durch die Gefängniswärter und die entsetzten Neugierigen, war unerheblich, das Verbrechen verhöhnte sie und machte aus dieser schrecklichen Strafe eine Familienfeier.
Sobald sie eintraten, stieß man sie zwischen zwei Reihen von Wachleuten, in den kleinen umzäunten Hof, wo sie ärztlich untersucht wurden. Alle versuchten dort die letzte Chance, die sich ihnen bot um die Reise zu verhindern, zu nutzen, indem sie alle möglichen gesundheitlichen Gründe vortrugen, die kranken Augen, das hinkende Bein, die verstümmelte Hand. Aber fast immer wurden sie als für die Strafkolonie geeignet befunden. Dann ergab sich jeder sorglos in sein Schicksal, vergaß nach wenigen Minuten die behauptete Behinderung, mit der er schon ein ganzes Leben gelebt hatte.
Das Gitter des kleinen Hofes öffnete sich wieder. Ein Wachmann rief in alphabetischer Reihenfolge zum Appell. Und dann marschierten sie einer nach dem anderen hinaus, und jeder Sträfling reihte sich aufrecht ein in einer Stelle des großen Platzes, neben einem Kumpanen, der ihm zufällig, nach Maßgabe seines Anfangsbuchstabens, beigesellt war. So war jeder auf sich alleine gestellt. Jeder trug seine Kette für sich, Seite an Seite mit einem Unbekannten und wenn doch ein Sträfling neben einem Freund stand, so trennte sie die Kette. Die letzte Steigerung des Elends!
Als etwa dreißig hinausgegangen waren, schloss man das Gitter wieder. Ein Polizist positionierte sie mit seinem Stock, warf vor jeden von ihnen eine Weste und eine Hose aus groben Tuch, machte ein Zeichen, worauf alle sich auszogen. Plötzlich gabe einen Zwischenfall, der, kaum dass sie genannt wurde, diese Erniedrigung zur Qual werden ließ.
Bis jetzt war das Wetter ziemlich gut gewesen, und, auch wenn der im Oktober auftretende Nordwind die Luft manchmal abkühlte, so öffnete sie doch hier und da im grauen Dunst des Himmels eine Spalte durch die ein Sonnenstrahl herunterfiel. Aber kaum hatten die Sträflinge sich ausgezogen, hatten sich ihrer Gefängnislumpen entledigt, in dem Moment, als sie nackt und aufrecht der misstrauischen Inspektion durch die Wärter harrten, und den Blicken der neugierigen Fremden, die um sie herum liefen um ihre Schultern zu betrachten, ausgeliefert, wurde der Himmel schwarz, setzte eine kalter Oktoberschauer ein und entleerte sich in einem Sturzbach in dem quadratischen Hof, über den entblößten Köpfen, über den entblößten Gliedern der Sträflinge, ihrer elenden , auf dem Pflaster ausgebreiten Tracht.
Schnell wie ein Augenblinzeln war der Hof leergefegt von allem was nicht Polizist oder Sträfling war. Die Neugierigen aus Paris suchten Schutz unter den Vordächern der Tore. Unterdessen goss es in Strömen. Man sah im ganzen Hof nur noch die nackten und tropfnassen Sträflinge auf dem feuchten Pflaster.
Eine trübselige Stille war ihren lärmenden Angebereien gefolgt. Sie schlotterten, ihre Zähne klapperten, ihre mageren Beine, ihre knochigen Knie schlugen aufeinander. Es erregte Mitleid, wenn man sah, wie sie ihre blauen Gliedmaßen mit den durchnässten Hemden, diesen Westen und diesen vom Regen tropfenden Hosen bedeckten. Ganz nackt wäre es besser gewesen.
Nur ein einziger, ein Alter, hatte sich noch eine gewisse Fröhlichkeit bewahrt. Er schrie, während er versuchte sich mit dem nassen Hemd abzutrocknen, „aber das war nicht im Programm“. Lachte laut auf und zeigte mit der Faust gen Himmel.
Als sie die Marschkleidung anhatten, führte man sie in Gruppen zu zwanzig oder dreißig auf die andere Seite des Hofes, wo die auf der Erde ausgebreitet Schnur auf sie wartete. Diese Schnüre sind lange und starke Ketten, die längs bis zur Hälfte von zwei kürzeren Ketten durchquert werden und an deren Ende man jeweils eine viereckiges Fußeisen anbringt, das sich mit Hilfe eines Scharniers, der sich im Winkel befindet geöffnet und durch einen gegenüberliegenden Scharnier mittels eines genieteten Eisenbolzens für die gesamte Dauer der Reise um den Hals des Sträflings geschlossen wird. Sind diese Schnüre auf dem Boden ausgebreitet, ähneln sie stark dem Rückgrat eines Fisches.
Die Sträflinge wurden aufgefordert, sich zu setzen, in den Schlamm, auf die durchnässten Steine. Man legte ihnen probeweise die Halsketten an. Dann wurden sie von zwei Schmieden des Strafbataillons mit tragbaren Ambossen kaltblütig mit mächtigen Hammerschlägen vernietet. Ein schrecklicher Moment war dies, bei dem auch noch die Kühnsten erblassten. Jeder Schlag des schweren Hammers auf den Amboss, der an ihrem Rücken lehnte, erschütterte das Kinn des Patienten. Die geringste Bewegung vorwärts oder rückwärts hätte ihm den Schädel zertrümmert wie eine Nussschale.
Nach dieser Operation wurden sie trübselig. Man hörte nichts mehr außer dem vibrieren der Ketten, und von Zeit zu Zeit einen Schrei und das stumpfe Geräusch des Stabes eine Wachmanns der Strafkolonie, der auf die Gliedmaßen eines Widerspenstigen traf. Einige weinten. Die Alten zitterten und bissen sich auf die Lippen. Erschaudernd betrachtete ich die unheilversprechenden Profile in ihrer Krause aus Eisen. So geschah es. Nach dem Besuch der Ärzte, der Besuch der Wachleute. Nach dem Besuch der Wachleute, die Verarbeitung des Eisens. Drei Akte eines Schauspieles.
Ein Sonnenstrahl durchbrach die Wolken. Man hätte sagen können, dass er all diese Gehirne entflammte. Gleichzeitig erhoben sich die Sträflinge, wie in einer Zuckung. Die fünf Schnüre nahmen sich an der Hand und formten auf einmal einen Kreis um den Laternenpfahl herum.
Drehten sich, dass die Augen kaum folgen konnten. Sangen ein Gefängnislied, eine Romanze in Slang, in einer einmal wehmütigen, dann wütenden, dann wieder lustigen Tonlage. Von Zeit zu Zeit hörte man einen piepsigen Schrei, den Ausbruch eines geborstenen und röchelnden Gelächters das sich mit mysteriösen Wörtern vermischte, dann wieder wütende Akklamationen, wobei die Ketten die rhythmisch gegeneinander schlugen diesem Gesang, noch rauer als ihr Lärm, als Orchester diente. Suchte ich ein Bild des Hexensabbats, wollte ich es weder besser noch schlechter.
Man stellte einen Kübel in den Hof. Die Wächter der Galeerensträflinge unterbrachen den Tanz der Sträflinge mit Stockschlägen und führten sie zu dem Kübel, in dem man irgendwelches Gras schwimmen in irgendeiner dampfenden und dreckigen Brühe schwimmen sah. Sie aßen.
Dann, nachdem sie gegessen hatten, warfen sie die Reste ihrer Suppe und ihres grauen Brotes auf das Pflaster und begannen wieder zu tanzen und zu singen. Es schien, als ob man ihnen am Tag nach dem Zusammenschluss und in der darauf folgenden Nacht diese Freiheit lassen wollte.
Ich beobachtete dieses merkwürdige Schauspiel mit einer so gierigen, erregten, aufmerksamen Neugierde, dass ich mich selbst vergaß. Ein tiefes Mitgefühl rührte alle meine Organe, und ihr Gelächter ließ mir die Tränen in die Augen treten.
Plötzlich, noch versunken in dem tiefen Traum der mich umschlungen hielt, sah ich, wie die schreiende Runde innehielt und verstummte. Dann richteten sich alle Augen auf das Fenster, in dem ich stand. „Der Verurteilte! Der Verurteilte!“ schrieen sie alle, mit dem Finger auf mich zeigend und die Heftigkeit des Freudentaumels verdoppelte sich.
Ich war wie versteinert. Ich weiß nicht, woher sie mich kannten und wie sie mich erkannt hatten. „Guten Tag! Gute Nacht!“ riefen sie mir mit ihrem schrecklichen Grinsen zu. Einer der Jüngsten, auf Lebenszeit dazu verurteilt auf der Galerie zu dienen, mit glänzendem und bleifarbenen Gesicht, starrte mich neiderfüllt an und sagte: Der ist glücklich! Er wird über die Wupper gehen! Tschüss Kamerad!
Ich bin unfähig zu beschreiben, was in mir vorging. Ich war tatsächlich ihr Kamerad. La Grève ist die Schwester von Toulon. Ich war sogar noch tiefer als sie gestellt. Sie ehrten mich. Ich erzitterte. Ja, ihr Kamerad! Und nur wenige Tage später, hätte ich ein Schauspiel für sie sein können.
Ich blieb am Fenster stehen, unbeweglich, gelähmt, paralysiert. Als aber die fünf Schnüre begannen sich auf mich zu zu bewegen, begleitet von Sätzen einer infernalischen Herzlichkeit, als ich den tumultartigen Lärm ihrer Ketten , ihres Geschreis, ihrer Schritte hörte, nahe der Mauer hörte, erschien es mir, als ob eine Wolke von Dämonen in meine Zelle eindringen würde. Ich stieß einen Schrei aus, warf mich, mit einer Gewalt, die sie hätte bersten lassen müssen, gegen die Tür. Aber es gab keine Möglichkeit zu flüchten.
Die Riegel waren von außen zugeschoben. Ich klopfte, rief wütend. Dann erschien es mir, die grauenhaften Stimmen der Sträflinge noch näher zu hören, ich glaubte zu sehen, wie ihre hässlichen Köpfe oberhalb meines Fensters auftauchten. Ich stieß einen zweiten Angstschrei aus, und fiel in Ohnmacht.


zurück
Kurzgeschichte Roman: Victor Hugo

Kontakt Impressum Datenschutz